mardi, 29 août 2017 10:34

Jean Neymar !

Jean Neymar !
C
e jour-là, tandis que nous élaborions le contenu du numéro 3 de Limpresario que vous tenez, Benoît proposa de déroger à la règle que nous nous étions fixés, celle de systématiquement publier des articles relatant les initiatives positives de notre région et d’ailleurs.
Il n’avait pas dû se lever du bon pied ce jour-là car il était tout colère. Pour celles et ceux qui ne l’ont jamais vu dans cet état, ça vaut le détour : il fronce très sensiblement ses sourcils et sourit un peu moins. Rare.

Sa préocupation était liée à l’actualité et spécifiquement à un fait divers relayé par tous les médias, ou presque : l’embauche d’un employé en CDD dans des conditions plus qu’inquiétantes. Et c’est autour de ce sujet qu’il me proposait de m’exprimer.

N’écoutant que mon devoir et mon passé de rappeur engagé, je me ruais sur mon clavier.

En moins de 24h, un peu partout en France et dans le reste du monde, ce jeune homme, au talent certainement indéniable, devenait LE sujet de débats enflammés le matin autour du café, LE thème à aborder pour briller en société, bien avant Daesh, la naissance du panda au zoo de Beauval ou les joutes « nucléo-verbales » entre Coréa Kid et l’Amérouquin.
Il s’agit d’une simple histoire de 2 sociétés qui s’échangent un employé, un être humain, comme vous et moi. Sauf qu’apparemment son talent et son métier valent un paquet de thunes !

222 000 000 d’euros.

Je l’ai écrit en chiffres pour mieux me rendre compte et en tant que graphiste du magazine j’aurai pu le faire en Helvetica Black corps 124 caractère rouge sang.
222 000 000 d’euros... Attendez, je l’écris sans les espaces : 222000000 d’euros. 22200000000 de centimes d’euros. Et il ne s’agit là « que » du prix du transfert. Son salaire : 30 000 000 d’euros par an (13ème mois compris).

Je fais le choix ici d’éventuellement me facher avec quelques amis fervents défenseurs du foot et de ses valeurs, mais peut importe puisque je n’ai pas d’amis qui défendent ce genre d’échelle de valeurs. Je vous propose donc, pour mieux illustrer l’absurdité de la situation, d’effectuer quelques comparaisons.

222 000 000 d’euros ce sont :
- 16 100 années de Smic,
- 16 450 000 paniers de course,
- 223 570 000 baguettes de pain,
- 45 000 000 pintes de bières,
- la dette cumulée du Tonga, des Fidji, du Vanuatu et d’Haïti,
- et env. 5 000 000 d’enfants nourris pendant 1 an...


Et là, comme moi, vous criez au scandale : « 45 000 000 pintes de bières ! ».

Il faut une bonne dose d’humour, un profond détachement et un torrent de confiance en l’Humanité et son avenir pour ne pas sombrer en dépression et baisser les bras. Dès lors, chers hommes d’affaires, devant de telles données comment rester crédibles ? Et chers dirigeants, comment s’étonner de la révolte des « classes moyennes », voire de la montée des mouvements intégristes ? Et, enfin, en ce qui nous concerne, comment garder notre sang froid...

Dans l’équipe nous avons eu la chance de rencontrer Marc Halévy, que nous invitons prochainement (voir page 19) et qui nous a permis de mieux comprendre ce qui se passait en ce moment et pourquoi nous arrivions à de telles abérations. Ces situations ubuesques sont les manifestations exacerbées du déclin d’un monde, qui n’est pas ou plus le nôtre, face à la progression de celui que nous construisions, plus en phase avec la réalité...

Donc merci !
Merci messieurs les dirigeants du PSG, merci monsieur le joueur de foot, merci messieurs les fabricants de t-shirt N°10 à 78,99 euros achetés 10 centimes en Chine, merci cher public-supporter de les acheter... Merci de nous donner les signes qu’il nous faut pour continuer de bâtir ce monde sans vous, même si vous y serez conviés, de nous donner envie d’oublier vos idées pour inventer les nôtres et de faire notre part, avec notre vérité... et de nous livrer, le lundi matin, un Benoît tout colère !

On vous envoie une photo la prochaine fois, promis.
Allé, bizoux.

Jérôme
PS : pour finir de vous blaser : neymar.counters.live

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