mercredi, 22 mars 2017 07:56

Pierre Adrian ‘‘Des âmes simples’’

Pierre Adrian ‘‘Des âmes simples’’
C
e qui repousse les caméras m’attire. Ceux qui trébuchent, ceux qu’on ne voit pas. J’aime le fond de la classe, le saccage et le sursaut, la poudrière, le foutoir, la beauté, les rêveurs : tout est au fond, chez les invisibles.
Ces phrases sont extraites du roman d’un tout jeune auteur, Pierre Adrian, qui signe son deuxième livre au titre évocateur « Des âmes simples ». J’ai été heureux de passer quelques instants avec lui pour connaître un peu la genèse de son travail, le passage d’une idée à l’acte d’écriture. Il faut dire que ce tout jeune homme, né en 1991, a déjà assimilé que la grande arnaque du genre... il faut être moderne... il faut vivre avec son temps... est un fiasco qui n’en finit pas de vider le roman contemporain du sens qui fait les œuvres qui perdurent encore aujourd’hui. Pierre Adrian est courageux - son éditeur aussi – il ose parler d’âmes, il ose décrire les tissages fragiles d’hommes et de femmes qui ne veulent pas marcher au pas, ni aux rythmes des dogmes d’une époque qui fabrique du religieux très archaïque sous étiquette laïque.

C’est à partir de son cœur que l’idée de son roman est née, oui de son cœur, parce que cet homme aime les gens. Son outil, sa botte secrète, c’est de mettre l’être humain en mots, de transcrire au plus juste par le langage, les actes des gens simples qui luttent pour rester des hommes. Le résultat est splendide, parce qu’il décrit les corps, les usures, les visages en l’état, sans aucune préoccupation de plaire ou déplaire.
Le langage, la langue française au service d’une réalité oubliée, là-haut sur la montagne. L’idée puis le plan. Raconter une histoire. Partir d’un personnage, en l’occurrence Frère Pierre, qui lui, incarne à ses risques et périls, son amour de l’Amour au travers des autres, les fragiles, les addicts, les déclassés qui revivent au contact d’un regard bienveillant, d’une oreille qui écoute.

Lorsque Pierre Adrian parle de cet homme qui lui a donné l’envie de développer une histoire, une énergie volcanique l’envahit. Il faut d’abord sortir des mots, s’éprouver à la réalité, la sensation, pas d’intellect, pas de jugements, recevoir en plein corps la vie de ces combattants de l’amour, encaisser, rire, pleurer, pour réaliser qu’ils nous ressemblent, que leurs joies, leurs peines sont vêtues autrement que les nôtres, mais que ce sont les mêmes, exactement les mêmes... ensuite, les mains commencent à rendre ce que leur corps a vécu. Il faut l’ordonner dans un lieu, un temps, un espace, une narration somme toute proche de nos vies. Car nos vies sont faites de milliers d’histoires, de solitudes, d’héritages émotionnels qui tressent nos actes et font la grande histoire. Ces âmes simples sont la dernière garantie humaine qu’il nous reste. Ils ne sont pas en retard par rapport à notre monde très très contemporain qui s’écroule, non, ils sont en avance. Mais plus personne ne les voit, has been n’est-ce pas ?
Non, c’est juste l’aube.

Lire « Des âmes simples », c’est soudain nous relire et, qui sait, nous aimer un peu plus pour aimer encore et toujours...

Pierre Bovet

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