mardi, 02 mai 2017 11:36

Faites de la musique !

Place Volland Manufacture - 1996 © Odile Jacquot Place Volland Manufacture - 1996 © Odile Jacquot

Tout le monde


peut faire de la musique


et a le droit d’en faire

L
a Fête de la Musique est institutionnalisée en 1982 par Jack Lang alors ministre de la culture. Le 21 juin est choisi symboliquement pour fêter le jour le plus long de l’année : le solstice d’été.
Cette manifestation a pour vocation de promouvoir la musique amatrice de rue. Elle se base sur le partage de la musique, faite par et pour le public, et où chacun est libre d’exprimer sa sensibilité musicale, en solo ou en groupe, à travers le chant et/ou la pratique d’un instrument. Jouant le jeu, la SACEM (Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique) « lève les droits d’auteurs » ce jour là pour permettre à certains interprètes de jouer le répertoire d’autres artistes connus. Ces représentations, à caractère exceptionnel, doivent être d’une totale gratuité, chanteurs et musiciens se produisant bénévolement. Sur Annecy, la 1ère édition comptait une petite centaine de participants, spontanément installés dans la vieille ville d’Annecy. Le succès est immédiat, le public est au rendez-vous, dans un esprit convivial et familial, porté par la fraîcheur de cette nouveauté.

Très vite, cette initiative nationale rencontre un important engouement en France ainsi qu’à l’étranger, de sorte qu’elle devient officiellement en 2011 une manifestation internationale, comptant 120 pays en 2014. D’année en année, l’événement prend de l’ampleur. Sur Annecy, les groupes se concentrent dans la vieille ville d’Annecy, laissant peu de marge de manœuvre. C’est pourquoi, peu à peu se met en place un rapport de force entre les différentes formations musicales pour la monopolisation de l’espace public et favorisant les groupes importants et sonorisés. Ainsi, s’installe une cacophonie symphonique et comportementale. Les valeurs fondamentales de la Fête de la Musique s’effritent. La Ville d’Annecy se voit dans l’obligation d’harmoniser et d’ordonner la manifestation. Une trentaine de podiums sonorisés sont mis en place, chacun sous la responsabilité d’un bénévole, le but de cette coordination étant de renouer avec les valeurs fondamentales du concept : le partage et l’expression de la musique amatrice, accessible à tous, sans sélection. La Fête de la Musique ne doit pas être conçue comme un festival de concerts exclusifs mais ne peut souffrir d’un manque d’organisation. Et nombre de questions, que Jack ne s’était pas posé à l’origine, sont nées au fil du temps ainsi que différentes constatations, comme le fait que progressivement cette « Journée de la Musique » est devenue la « Nuit de la Musique » avec son esprit festif et ses débordements potentiels.

Une manifestation en constante évolution

Voilà 35 ans que cet événement s’émancipe, s’améliore et se diversifie. Il est d’ailleurs très intéressant de constater l’évolution de la musique avec l’apparition de nouveaux styles et de moyens de créer et de se produire. Autrefois réservée à une « élite » d’une certaine manière, la création musicale ne sort plus uniquement du conservatoire. Avec l’apparition de la M.A.O. (Musique Assistée par Ordinateur) notamment, il n’est plus forcément nécessaire de connaître son solfège pour créer, inventer, jouer... et beaucoup d’amateurs s’essaient à la composition, avec pour seule connaissance leurs cultures musicales personnelles. Ainsi naissent de nouveaux talents, reconnus ou pas, qui viennent finalement renforcer cette idée que tout le monde peut faire de la musique et a le droit d’en faire. Bien sûr d’autres débats naissent autour de la redéfinition du 6ème art, par exemple, ou de la légitimité des Dj’s ce jour-là. Musique ou pas musique ? Cette année sur Annecy et pour cette 36ème édition une donnée nouvelle entre en ligne de compte de manière prépondérante : la fusion des communes. Dans le passé, seul le cœur de la ville était réellement animé, même si d’autres communes participaient à l’événement dans la mesure de leurs moyens et de leurs envies. D’autre part, il était difficile pour ces communes de décaler cet événement la veille puisque la Sacem n’autorise qu’une journée d’interprétation gratuite.

En 2017, les données changent : la Fête de la Musique peut « s’étaler » et permettre notamment de désengorger le centre-ville d’Annecy grâce à de nouveaux espaces disponibles pour accueillir la logistique d’une scène sonorisée. Les « anciennes communes » en bénéficient : 28 lieux seront dédiés aux représentations comptant 18 scènes dont 13 sonorisées. L’enjeu est de taille car il faut élaborer une nouvelle organisation puisque bénéficiant de nouveaux acteurs culturels.

Les lieux de représentation se réinventent, comme la cour du Château, la Salle Pierre Lamy dédiée au conservatoire, un espace guinguette au Parc de l’Europe, les Haras... et à ce jour, des négociations sont en cours pour implanter une scène au bord du lac (nous vous laissons imaginer où !).

Un événement social et un challenge municipal

Côté organisation, les personnes souhaitant se produire auront fait une demande en amont sur internet pour être ensuite réparties sur les lieux de diffusion. Seul le nombre de places logiquement limité détermine la sélection. La programmation des podiums est adaptée aux lieux et aux publics avec un savant dosage de styles et d’ambiances révélant un important travail de planification. Cette harmonisation des lieux permet de pérenniser la richesse et la diversité des registres musicaux donnant la priorité aux groupes des environs. Chaque année pas moins de 150 groupes se succèdent sur les podiums de la ville. Le 10 mai, s’organise une réunion avec les artistes programmés pour la validation des modalités : lieux, horaires de passage, organisation par scènes... Les groupes et la municipalité sont liés par la signature d’une charte de bonne conduite et de respect des valeurs fondatrices. Avec une programmation qui sera disponible sur le site de la ville d’Annecy à la mi-mai, un des souhaits cette année sera de favoriser et organiser les déambulations pour réintroduire la musique au cœur de la rue, avec plusieurs formations en mouvement. Le projet de fusion des communes génère certaines inquiétudes pour l’avenir des annéciens et concrètement la municipalité sait qu’elle a tout intérêt à prouver que ce choix est une force, au travers de cet événement fédérateur et rassembleur. La Fête de la Musique à Annecy bénéficie d’une richesse de vie musicale, d’un Conservatoire dynamique et d’un cadre d’expression idéal qui lui ouvrent de nombreuses possibilités. Ajoutons à cela le regain d’intérêt d’anciennes formations musicales qui se recomposent, empreintes de nostalgie, des papys du Rock à Billie de retour sur les planches pour en « découdre » fraternellement avec la jeunesse !

Les prochaines éditions s’efforceront de laisser une part encore plus belle aux musiciens acoustiques et à l’esprit de spontanéité mais aujourd’hui elle souhaite avant tout renforcer le lien social et voir petits et grands, de 7 à 77 ans, rassemblés pour chanter et célébrer le solciste d’été.

Séverine Grillot et Jérôme Isard

Les photos sont l’œuvre de Odile Jacquot (Service Communication de la Mairie d’Annecy) et nous ont été fournies par Mireille Servettaz (Archives Municipales) que nous remercions infiniment pour sa réactivité !

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